12 January 2017 / public affairs / NL 

Les bonnes résolutions de nos ministres fédéraux en 2017 (1/4)

En ce début d’année, nous prenons tous de bonnes résolutions et contractons des promesses pour l’année à venir. Nos ministres fédéraux n’échappent pas à la règle. Il y a quelques mois, ils présentaient devant le parlement leurs "notes pour la nouvelle année" – mieux connues sous l’appellation de "notes de politique générale". Nous les avons analysées et nous sommes laissé aller à prédire les promesses qui seront effectivement tenues en 2017, ainsi que les bonnes résolutions qui, selon nous, ne seront pas réalisées. Les notes de politique générale des ministres fédéraux et secrétaires d’Etat seront passées en revue au cours des deux prochaines semaines sur notre blog. Nous commençons par Charles Michel, Maggie De Block, Kris Peeters et Daniel Bacquelaine.

 

Charles Michel, Premier ministre

Progrès
Commençons l’année sur une note positive. Charles Michel pilotera la campagne "Positive Belgium", grande opération de valorisation de la Belgique économique, sociale et culturelle. Le leader libéral veut séduire touristes, investisseurs, journalistes et électeurs. Positive Belgium ouvrira 2017 sur un air feel good et boostera la croissance économique du pays tout en mettant le paquet sur l'image du gouvernement et de sa politique.
L’impasse concernant la réforme de l’impôt des sociétés, ainsi que les propositions de taxe sur la valeur ajoutée et de mobilisation de l’épargne, est détournée sous l’impulsion du capitaine Michel. Il veille à ce que chaque parti puisse tirer son épingle du jeu et aller aux élections communales de 2018 avec son trophée sous le bras. On peut douter que le CD&V puisse repartir avec la taxe sur la valeur ajoutée, mais un accord sur ARCO permettra de mettre du baume sur la plaie. Les cartes ont été redistribuées et certains atouts importants figurent à présent entre les mains du Premier.
Marasme
Michel I ne parviendra pas non plus à se débarrasser en 2017 de l’image d’un "cabinet de la discorde" –du flamand "kibbelkabinet". En dépit de quelques succès comme une économie attractive et un taux d’emploi croissant, la "Coalition suédoise" sera aussi perçue en 2017 comme un meuble Ikea branlant et mal assemblé. La nécessité des quatre partis de se profiler en vue des élections communales de 2018 pèsera sur de nombreux dossiers et jettera une ombre sur les petits succès de l’équipe gouvernementale.
Le Pacte national pour les investissements stratégiques annoncé en fanfare risque de rester une lettre morte. L’annonce tomba dans un moment malheureux, puisque peu après s’ouvrit le bal des annonces de restructuration des Caterpillar, Axa et autres ING. Les réactions mitigées des Régions, la dette publique toujours autant démesurée et le regard critique de l’Europe sur notre budget laissent dubitatif quant à la capacité du gouvernement à montrer lui-même le bon exemple en matière de gros projets d’investissement. La contribution devra donc venir du secteur privé, qui s’attarde pour le moment à regarder d’où vient le vent.


Maggie De Block, Ministre des Affaires Sociales et de la Santé publique

Progrès
L’activation des malades de longue durée est inscrite tout en haut de son agenda. La batterie de mesures figurant dans sa note de politique générale, que ce soit les plans de réintégration sur mesure, un plus grand contrôle des abus ou encore les incitants fiscaux, mèneront peu à peu à un progrès notable. Le soutien de la N-VA, partenaire de coalition, et la volonté du Premier ministre de toujours créer plus de jobs ! jobs ! jobs ! lui donneront indéniablement un petit coup de pouce.
L’e-Santé est arrivée à maturité. En 2017, de nombreux outils digitaux et plateformes pour les prestataires de soins verront le jour : le dossier électronique des patients sera simplifié, le médecin rendra des prescriptions électroniques, des projets-tests de santé mobile seront initiés… Maggie De Block lancera les soins de santé sur la voie royale du digital, sous le regard approbateur de son partenaire de parti et ministre de l’Agenda digital Alexander De Croo.

Marasme
C’est écrit dans les étoiles : davantage de mesures d’économie dans les soins de santé sembleront inévitables puisque l’implémentation de nombreuses et nécessaires réformes structurelles en 2017 tardera à venir. Bien que la ministre prétende - et prétendra - que ses économies n’affecteront pas le patient, son histoire ne fera pas le poids face aux protestations de plus en plus grandes des médecins, pharmaciens, infirmiers et mutuelles qui n’hésiteront pas à prendre le patient comme bouclier dans leur résistance contre ces réformes. Le patient, central ? Oui, tellement central qu’il est maintenant tiraillé entre les deux parties.
La réforme des hôpitaux tombe à l’eau. Après deux années d’études et de tâtonnements, il est tout doucement temps de passer à l’action. Seulement voilà… le timing est fort peu favorable. Qui se risquerait à raconter à la population, en amont des élections communales d’octobre 2018, que les hôpitaux locaux ne vont dorénavant plus offrir certains services et que les patients devront aller 20 km plus loin pour une consultation ?

 

Kris Peeters, Vice-Premier ministre et Ministre de l’Emploi, de l’Economie et des Consommateurs, chargé du Commerce extérieur

Progrès
Le travail flexible et faisable est depuis longtemps le cheval de bataille de Kris Peeters. Son projet de loi est prometteur, mais les syndicats le descendent déjà en flammes. Heures de travail flexibles, télétravail occasionnel ; que des mesures que les syndicats ne tiennent pas à voir se réaliser. Tout indique cependant que la loi passera bel et bien. La question reste de savoir à quel point celle-ci sera exhaustive.
Le même constat vaut pour la modernisation de la loi de 1996. La modernisation a pour objectif de trouver le bon équilibre entre la protection et le développement du pouvoir d’achat et de la compétitivité des entreprises belges. Le Conseil des Ministres approuva celle-ci fin du mois d’octobre mais la balle figure à présent dans le camp des partenaires sociaux. Le gouvernement semble ici aussi être en bonne voie pour décrocher une victoire.  
Marasme
Kris Peeters veut couler le travail de nuit dans l’e-commerce dans le béton législatif. D’autres initiatives similaires et entreprises précédemment n’ont mené à rien, l’e-commerce ne parvenant pas à décoller en Belgique.  Si les initiatives précédentes ont échoué, pourquoi le ministre réussirait-il en 2017 ?
Bien que mentionnée nulle part dans sa note de politique générale, Kris Peeters pousse depuis des années la taxe sur la valeur ajoutée. Une dispute avec la N-VA éclata encore l’été dernier et la décision de trancher fut remise à Charles Michel. Il semble pourtant hautement improbable qu’une telle taxe sur la valeur ajoutée voit effectivement le jour. Un accord sur ARCO pourra toutefois faire passer la pilule.

 

Daniel Bacquelaine, Ministre des Pensions

Progrès
L’harmonisation du système de valorisation des années d’études dans le calcul de la pension semble être LA bonne idée du ministre des Pensions. Ce principe est soutenu par le gouvernement et sera mis en œuvre dans le courant de l’année 2017. Concrètement, celui qui rachètera quatre années d’études avant 2020 payera, après réduction, 5400 euros déductibles fiscalement pour bénéficier de 1000 euros supplémentaires de pension. D’après le cabinet Bacquelainecet investissement sera amorti après trois ans.
Un autre domaine dans lequel Daniel Bacquelaine pourrait potentiellement marquer des points en 2017 est celui de la pension à temps partiel. Une fois implémenté, ce système permettra aux personnes en fin de carrière de préparer en douceur leur retraite. Cet objectif fait partie de l’accord de gouvernement. Petit bémol : le projet est dans sa phase initiale. Bacquelaine devra mettre les bouchées doubles s’il veut le concrétiser en 2017.
Marasme
La réforme de la liste des métiers pénibles reste le gros boulet que Bacquelaine traînera comme une âme en peine en 2017. Cette mesure n’enchante ni les employeurs, ni les partenaires sociaux. La balle est pour le moment dans le camp de l’administration des pensions qui doit établir une liste sur base de critères objectifs des métiers qui peuvent être considérés comme « pénibles ». De mauvaises langues laissent entendre que le ministre n’est pas pressé de trancher dans ce dossier délicat. Bacquelaine serait-il en train de jouer la montre afin de reléguer la patate chaude à son successeur ?

Les prochains articles paraîtront le 17 janvier et seront dédiés aux notes de politique générale de Johan Van Overtveldt, Theo Francken, Philippe De Backer et Sophie Wilmès.
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