22 September 2016 / crisis communication / restructuring / NL 

Septembre 2016, le bon mois pour annoncer une restructuration en Belgique?

Rentrée difficile pour le gouvernement ‘jobs, jobs, jobs’. Depuis le début du mois de septembre, les entreprises annoncent l’une après l’autre leur intention de restructurer en Belgique. Mais pourquoi ont-elles attendu la fin de l’été pour dévoiler leurs intentions ?

 

Quand les décisions stratégiques sortent au grand jour

Pour comprendre pourquoi tant d’intentions de restructuration sont annoncées en cette rentrée 2016, il faut entrer dans les coulisses du monde de l’entreprise. Traverser le décor, afin de saisir les différentes périodes qui rythment la vie d’une entreprise tout au long de l’année.

De manière générale, comme l’explique l’économiste Peter De Keyzer*, l’annonce d’une intention de restructuration est l’aboutissement d’un processus de réflexion stratégique. Ce processus, lancé au début de l’année par l’entreprise, arrive à maturité à l’approche de l’été et aboutit à l’exécution de mesures concrètes. Comme par exemple l’annonce d’un licenciement collectif envisagé…

Une société faisant partie d’un groupe d’entreprises dépendra aussi de l’agenda de sa maison-mère et des autres entités du groupe. L’annonce d’une entité devra se faire en coordination avec le calendrier des conseils d’administration et d’entreprise, ainsi que de la communication des autres sociétés auxquelles elle est liée.

L’attente des élections sociales

2016 représente une année particulière dans la vie des entreprises belges. C’est au premier semestre 2016 qu’ont eu lieu les dernières élections sociales**. Organisées tous les quatre ans, ces dernières servent à instituer ou renouveler les délégués du personnel au sein des conseils d’entreprise et des comités pour la prévention et la protection au travail.

Or, les intentions de licenciement sont mises au frigo durant l’organisation des élections sociales. Les entreprises veulent éviter tout conflit avec les travailleurs avant la période électorale, afin d’éviter que ceux-ci ne se placent sous la protection dont jouissent les candidats aux élections. Cette protection ne complique pas seulement les licenciements envisagés, mais augmente aussi considérablement leur coût.

La période occulte

La protection contre le licenciement, dont bénéficient les candidats aux élections et les délégués du personnel, s’étend par ailleurs à l’ensemble des travailleurs lors de la période dite occulte. Il est en effet considéré que chaque travailleur peut potentiellement avoir déposé sa candidature au cours de celle-ci. La période occulte, qui s’ouvrait en 2016 au mois de janvier, correspond à 65 jours. Soit 30 jours avant et 35 jours après la communication des listes des candidats.

Il faut également garder à l’esprit que la procédure Renault n’est pas limitée dans le temps et peut durer longtemps. Comme a pu l’expérimenter Arcelor Mittal en 2013, avec des discussions et négociations qui se sont déroulées sur un an et demi. L’entreprise qui envisageait de procéder à un licenciement collectif en 2016 aura dès lors eu intérêt à attendre la fin des élections sociales, et ce, pour s’assurer des partenaires stables aux différentes étapes de la procédure Renault.

Ethique estivale

Selon des règles éthiques implicites, les entreprises n’annoncent pas leur intention de restructurer au premier avril, ainsi qu’avant et pendant les périodes de fêtes et de vacances. Les mois de juillet et d’août forment traditionnellement une période de vacances. Non seulement pour les entreprises, mais aussi pour le monde politique et judiciaire.

Communiquer une intention de restructuration nécessite, dans les instants qui suivent l’annonce au conseil d’entreprise, d’informer tous les stakeholders clefs dans un intervalle de temps très court. Informer au même moment l’ensemble des parties prenantes lors des vacances estivales relève donc de l’impossible. C’est pourquoi les entreprises choisissent plutôt d’annoncer leur projet de restructuration après le début du mois de septembre.

Le droit des travailleurs à une bonne communication

Si les annonces qui ont déferlé au mois de septembre 2016 trouvent chacune des motifs économiques propres (digitalisation, surcapacité de production, faillite, etc.), rien ne change à l’émotion qu’elles suscitent parmi les travailleurs et leurs familles.

Dans ce contexte humainement difficile, le rôle d’une agence de communication consiste à préparer la communication vers les différentes parties prenantes, ainsi que de la diffuser le plus rapidement et dans les meilleures conditions possibles. Tout d’abord vers les travailleurs, qui ont le droit à une information prioritaire et transparente. Viennent ensuite les clients, fournisseurs, autorités et médias. Pour qu’ils soient tous informés dans un même laps de temps, sans que l’entreprise ne perde le contrôle de sa communication.

 

Benjamin Bergiers

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* De Morgen, vendredi 16 septembre 2016

** Les dernières élections sociales se sont déroulées entre le 9 et le 22 mai 2016

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